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Katz Mark, Capturing Sound (How Technology Has Changed Music)

Berkeley and Los Angeles : University of California Press, 2004

dimanche 16 septembre 2007, par Vincent Rouzé

Mark Katz est un universitaire américain, diplômé de philosophie et docteur en musicologie. Maître de conférence à l’université de Caroline du Nord (Chapel hill). Musicien (il est violoniste amateur et s’initie aux maniements des platines (turntablist)), il a publié cet ouvrage en 2004


Introduction

L’idée maîtresse de ce livre est de montrer pourquoi et comment les techniques d’enregistrement ont contribué à transformer nos rapports à la musique. Mark Katz part du postulat selon lequel la technique ne conduit jamais à un champ de production unique et unifié mais au contraire ouvre le champs des possibles en fonction des réappropriations qu’elle suscite. Point central d’une thèse désigné par Katz comme "effet phonographe". C’est à dire l’influence des techniques d’enregistrement sur la création, l’’adaptation constante des compositeur à leur medium. Effet phonographe exemplifié par Stravinsky qui aurait écrit sa Sérénade pour piano en prenant la limitation temporelle (induite par les techniques de reproduction) comme point de départ.

"When Igor Stravinsky composed his Serenade for Piano in 1925, he wrote the work so that each of the four movements would fit the roughly three-minute limit of a ten-inch, 78-rpm record side."

La technique comme médiation

Mais attention l’auteur se défend de tout déterminisme technique [1].
Conscient des dérives que l’emploi du terme même "d’influence" entraîne , il explique justement que la technique seule ne peut rien. Il prend ainsi le contre pied de nombreux auteurs affirmant que la technique a révolutionné notre quotidien (impact de la télévision sur la structure et l’organisation familiale, l’impact de l’automobile sur la création des banlieue...). Car si ces techniques jouent un rôle indéniable dans ces phénomènes, elles n’en demeurent pas moins dépendantes des usages et idéologies qui [2] les accompagnent. Une technique n’est jamais que ce que l’homme en fait. Suivant cette argument, il montre que l’influence de la technique n’est pas unidirectionnelle (allant de la production à l’usager) mais bel et bien pluridirectionnelle jouant constamment des interactions entre les dimensions artistiques, économiques et sociales.

"it is not simply the technology but the relationship between the technology and its users that determines the impact of recording. It is important to add, too, that the influence I describe does not flow in one direction only, from technology to user".

Ce livre vise donc à retracer, en s’appuyant sur différentes périodes musicales et techniques, les interactions au fondement de la composition, de l’écoute et de la pratique musicale et les évolutions que ces jeux d’aller-retour suscitent. Du phonographe au MP3 en passant par les platines des DJ, il montre à renfort d’exemples et d’illustrations comment se construisent progressivement des passerelles, des liens durables ou éphémères.

le programme du livre

Découpé en 8 chapitres, ce livre expose clairement et simplement la thèse de l’auteur. Les premiers chapitres traitent de l’expérience phonographique et de l’influence que cette dernière exerce jusqu’à aujourd’hui (la haute fidélité par exemple). Bien que largement étudiées depuis une dizaine d’années par d’autres universitaires, les thématiques traitées ici ont néanmoins le mérite de synthétiser et d’illustrer les idées clés de ces travaux.

Le premier chapitre explore donc "les causes", les origines de l’enregistrement et ce qui fait l’unicité de l’expérience phonographique. Il retrace de manière globale ces expériences à partir de sept cas ’typiques’ qui permettent de parcourir tout le 20ème siècle.

Le second montre le rôle central joué par le phonographe dans la construction de la culture musicale américaine et l’idée de pouvoir désormais " faire parler les morts" en fixant les voix et les musiques.

Le troisième s’attache à montrer l’importance fondamentale du disque dans le développement et dans la diffusion du jazz. Même idée dans les chapitres quatre et cinq mais dans un genre différent : la musique classique. Ici il montre par exemple l’intensification et la généralisation du vibrato chez les violonistes classiques ou encore la fascination de l’avant-garde européenne pour cet objet révolutionnaire qu’est le phonographe.

Plus original, le chapitre 6 traite des ’batailles que se livrent les DJ, chacun rivalisant de virtuosité et d’originalité dans le maniement des platines. Puis vient la composition proprement dite et les problématiques du sampling qui , selon l’auteur n’aurait pas pu exister sans le numérique

"could not have existed without sound recording—digital sampling".

Affirmation un peu sommaire et qui ne doit pas faire oublier que le "sample" ou l’échantillonnage existe déjà avec le support analogique. Les recherches de Schaeffer sur la musique concrète, les poèmes électroniques de Varèse ou les boucles produites par Brian Eno témoignent de l’exploitation de ce procédé bien avant l’apparition de l’informatique et du numérique. en revanche, je partage avec lui l’idée d’une transformation des problématiques esthétiques liées au numérique qu’il développe en fin de chapitre.

Le livre se termine ’un peu rapidement’ sur l’influence d’Internet et ses effets sur les pratiques d’écoute (mais on ne saurait en blâmer son auteur puisque cette problématique demeure aussi peu étudiée que difficile à analyser. L’absence de recul du chercheur face à cet objet et la mouvance permanente des pratiques) .

L’intérêt de ce livre est donc de poser la question de l’influence de la technique sans jamais lui donner une place unique. Sa force réside dans les nombreuses études de cas qu’il donne en assumant ses choix ’sélectifs’. Saluons enfin cette ambition de Mark Katz d’appeler à d’autres recherches. " Yet this book does not aim to be exhaustive. Of necessity, I have been selective in my choice of case studies, and the fact that this book engages mostly (though by no means exclusively) Western popular and classical music reflects my expertise, not the idea that little else merits study. In fact, there is a whole world of phonograph effects waiting to be studied. My hope is that this book will encourage further exploration of the technology’s impact on musical life and become part of a rich and continuing discussion."

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Voir en ligne : Introduction proposée sur le site des Presses Universitaires de Californie


[2Sur ce point, nous invitons, les lecteurs à lire l’ouvrage "the audible past" de Jonathan Sterne qui montre bien comment les innovations techniques de reproduction et d’écoute (du stéthoscope au phonographe) ont été conçues à partir des recherches physiologiques sur l’audition

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