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Doctorat

Thèse de doctorat soutenue le 20 novembre 2004 à l’Université PARIS 8 – VINCENNES - ST DENIS.

vendredi 10 novembre 2006, par Vincent Rouzé

Jury :

- Armand Mattelart, Professeur à l’université Paris VIII (Directeur de la thèse)
- Philippe Bouquillion, Professeur à l’université Paris VIII
- Antoine Hennion, Directeur de recherche au Centre de Sociologie de l’Innovation, Ecole des mines, Paris (Rapporteur)
- André Vitalis, Professeur à l’université de Bordeaux III (Rapporteur, Président de Jury)


Les musiques diffusées dans les lieux publics : analyse et enjeux de pratiques communicationnelles quotidiennes.

Résumé

Il est aujourd’hui commun d’entendre de la musique dans les lieux publics. Du supermarché à la rue piétonne en passant par les salles d’attente et les galeries commerciales, des musiques accompagnent nos déplacements quotidiens. Cette recherche a donc pour but de revenir précisément sur ces pratiques quotidiennes à l’heure où la communication occupe une place centrale au sein de la société. Pourquoi la musique est-elle devenue ou est en passe de devenir un outil de communication indéniable ? Y a-t-il convergence entre les discours des acteurs-producteurs-diffuseurs et la réception qui en faite par le public ? Quelle place occupe-t-elle dans l’espace public ? Sa diffusion mondialisée ne pose-t-elle pas le problème de la négation des particularismes culturels ? La musique n’est-elle pas un palliatif au silence, ce symbole de la mort qui s’érige en ennemi de la communication ?

Au travers de ces questions se dessine la difficulté du sujet. Il oscille entre l’économie, la musique, la communication, l’art… C’est pourquoi nous avons adopté une posture interdisciplinaire. Notre ambition étant moins d’enfermer le sujet dans un cadre à priori que de comprendre comment il se construit quotidiennement par les différents acteurs en présence.
En d’autres termes, nous chercherons à montrer les médiations existant entre des acteurs, des lieux, des situations, des musiques.
Dès lors, notre travail s’est élaboré en trois étapes. Dans un premier, nous avons replacé le sujet au cœur des problématiques théoriques et méthodologiques musicales et culturelles. Dans un second, nous avons analysé l’objet dans une perspective historique afin de montrer l’évolution du phénomène dans le temps. Enfin, dans un troisième, nous nous sommes attachés à comprendre ces pratiques en situation.

Pourquoi la médiation ?

L’examen de la littérature traitant de ce sujet nous laisse face à des propositions duales. Les premières considèrent la musique comme un objet en soi et font découler les fonctions et les effets de la structure musicale elle-même. Dans la continuité de la musicologie, on s’appuie sur l’oeuvre pour analyser les fonctions et en déduire les effets. A l’inverse, le marketing ou la psychologie, découpent la musique en variables afin d’analyser les effets et d’en déduire de possibles fonctions.
Les secondes opèrent de manière symétriquement inverse. A l’instar de la sociologie, elles font reposer ces fonctions et ces effets non plus sur la musique mais sur ces entours. Ils deviennent sociaux et non plus structurels.

Plutôt que de renouveler ces dualités analytiques, nous proposons de ne plus considérer ces musiques à partir de leur structure ou de leur entours mais comme le résultat de médiations multiples. Les fonctions et les effets de la musique, loin d’être le fruit de relations causales, s’inscrivent au contraire dans des interactions situationnelles.

Une longue histoire

En retraçant une histoire de ces musiques depuis le début du siècle, nous montrons que ces musiques évoluent et se construisent au gré des acteurs, du développement technique, des situations économiques, politiques et sociales. Certes, de tout temps les musiques ont été fonctionnelles, mais de nouvelles ruptures augurent avec le XXe siècle. Le développement industriel et technique transforme la musique. Avec l’enregistrement, le stockage, les moyens de diffusion, la musique se libère des contraintes spatio-temporelles. Plus besoin d’avoir recours à l’artiste pour écouter de la musique. Dès lors, ces musiques réinvestissent le quotidien sous diverses formes et marquent le clivage entre les propositions artistiques et les velléités commerciales et industrielles. Tant et si bien qu’aujourd’hui, elles s’inscrivent dans des réseaux mondialisés et reposent les questions d’homogénéisation culturelle, de consensus globalisé.

Au quotidien

Mais si cette histoire permet de retracer l’évolution de ces pratiques, elle doit être complétée par une analyse en situation afin de mettre en lumière des manières de faire. Entre stratégie et tactique, ces dernières invitent à s’interroger sur les lieux, les musiques, les fonctions, les effets. En croisant trois approches de l’objet – observation, expérimentation et entretiens – nous montrons que ces musiques sont à considérer dans leur diversité. Les lieux publics tout d’abord sont de services ou marchands. Les musiques ensuite oscillent de la programmation thématique à la radio en passant par la compilation personnelle et la création spécifique.
Dès lors leurs fonctions (image, masque sonore, territorialisation) et les scénarios d’utilisation (événementiel, moments de la journée…) s’organiseront en fonction de ces différentes données.

Enfin, cette étude du quotidien a pour but de montrer que l’usager n’est pas manipulé, ni dupe des stratégies adoptées. Car trop souvent les recherches postulent pour une écoute attentive de la musique. Or l’analyse en situation permet de révéler justement la diversité d’écoute oscillant entre l’entendre, l’écoute et la non perception. Conséquemment, ceci nous permet de revenir sur le goût et le jugement de chacun en montrant que ces derniers se jouent dans l’interaction permanente entre des critères normatifs et des critères individuels.

En conclusion

Ces différentes étapes nous montrent pourquoi et comment ses musiques ont investi notre quotidien. En ayant compris ces pratiques, il devient possible d’en souligner les enjeux à venir. Ils sont de quatre ordres. Le premier est artistique car il questionne l’hybridation des musiques et invite à de nouvelles formes de créations. Le second, inscrit dans les problèmes de pollution sonore, vise à une possible harmonisation de ces musiques avec l’environnement. Le troisième pose la question du droit au silence et d’une réflexion sur la réglementation de ces pratiques. Le dernier enfin, rejoint la première puisqu’il appelle à repenser la valorisation des particularismes culturels à l’heure de la mondialisation.

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