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Conseils d’un ex-thésard

vendredi 10 novembre 2006, par Vincent Rouzé

Ayant soutenu ma thèse il y a quelques semaines, j’ai eu l’envie de raconter brièvement mon expérience de thésard et de répondre aux questions qui m’ont le plus souvent été posées ces derniers mois. De fait, je suis désormais le chanceux qui va soutenir, celui qu’on envie d’avoir terminé, celui qui a réussi à surmonter l’épreuve et qui va pouvoir se consacrer à autre chose...

Sans prétention pédagogique ou méthodologique, cette page propose donc de revenir sur les différentes étapes de la thèse et de partager mon expérience. Ceci dans les buts de rassurer ceux (souvent seuls chez eux) qui désespèrent, se disent qu’il n’y arriveront pas, qui se demandent si les passages à vide sont normaux... et de souligner les problèmes rencontrés.


Au début, il n’y avait rien !

La thèse, comme tout autre travail de recherche d’ailleurs, n’est pas chose facile. (On a tendance à l’oublier une fois qu’on a terminé !). Dans un premier temps, il faut trouver un sujet original et réfléchir à l’approche qu’on peut en avoir. Une fois trouvé (ce qui peut prendre un certain temps), il reste à l’analyser. C’est à dire définir une problématique et des hypothèses de recherche.

Ce qui différencie la thèse des travaux précédents (mémoire de maîtrise ou DEA) repose précisément sur l’élaboration du cadre théorique. Il ne suffit plus de citer des auteurs, de s’y référer mais au contraire d’affirmer une posture intellectuelle. C’est à dire justifier vos choix théoriques en précisant les termes et en confrontant votre objet à différents concepts discutés et définis. Il convient donc, dès le début, de faire un état des lieux de la recherche et d’élaborer une bibliographie. Vient alors le (bon) temps de la lecture, de l’établissement du corpus. Cette étape est fondée sur la recension d’ouvrages et d’articles ayant directement trait au sujet et des ouvrages dits de référence. Ces derniers sont utiles en ce sens qu’il permettent de définir (ou redéfinir) les concepts. Ainsi, à mesure que vous avancez, des points de convergence et de divergence vont progressivement apparaître et permettre l’élaboration du cadre théorique. C’est ainsi que naissent la "fameuse" problématique et les hypothèses. Mais, de l’eau coulera sous les ponts avant qu’elles prennent leur caractère définitif. Pour ma part, elles ont été l’objet d’une évolution progressive. Ce n’est qu’à la rédaction qu’elles ont pu être résumées de manière synthétique. Parallèlement à ce travail s’ajoute, la délimitation et la prise de contact avec votre terrain. La première année s’achève donc en apnée dans l’océan informationnel, la multiplication des fiches de lecture et des notes diverses.


Au deuxième jour, il y avait la pluie...

Les choses se corsent à mesure qu’on avance. Tant et si bien que, de manière générale, la seconde année se caractérise par une perte totale de repères. L’immersion permanente conduit à la raréfaction de l’oxygène réflexif. On ne sait plus trop bien où on va, ni ce que l’on veut faire au juste. Pas d’inquiétude ! on est tous passé par-là. Tout thésard a été confronté, à un moment ou à un autre, aux terribles questions : ça avance ? tu en es où ? quelle est ta problématique... Et les mois passent... on pietine. Ne vous découragez pas ! Le fait de "bloquer" sur un point est normal (quoique stressant !). laissez le de coté et revenez y plus tard. A la lumière d’autres avancées, il s’éclairera autrement.

Personnellement, je me suis "forcé" à écrire chaque jour : soit des résumés d’ouvrages, soit des idées, soit des thèmes à explorer... et ce même, les jours de disette intelectuelle... Enfin, j’ai essayé de le faire le plus souvent possible. Car il serait malhonnête d’affirmer que je n’ai pas eu des moments de ras le bol. Mais comme la chute de cheval, il faut vite se remettre en selle sous peine d’avoir du mal à se replonger dans le sujet. Plus on attend, moins il est facile de se remotiver. De même, à l’inverse, attention à ne pas trop s’éparpiller. Car on se retrouve avec des tonnes d’informations qu’il devient difficile (voire impossible) à intégrer dans le raisonnement. Avec mon sujet, j’ai souvent été confronté à ce problème et me suis retrouvé face au dilemme. C’est parfois difficile de faire le deuil de certaines thématiques mais dites vous que vous les approfondirez plus tard. Plus pratiquement, cela offre de bonnes ouvertures pour la conclusion.

Pour ma part, j’ai tenté d’alterner lecture et pratique, théorie et terrain. Mais cet effet d’aller-retour a aussi ces inconvénients. Un jour tout semble clair et le lendemain, cette terrible et désespérante impression que tout est à recommencer. Au final, on se retrouve donc avec une mosaïque d’écrits, plus ou moins pertinents, plus ou moins aboutis qu’il est bon de relire régulièrement. Car il y a souvent des "idées" de départ qu’on oublie et qui pourtant demeurent essentielles. Dans mon cas, le travail théorique a eu tendance à me déconnecter de mon terrain et du coup a rendu difficile l’articulation entre le théorique et le pratique. Résultat : la première version de la thèse manquait cruellement de cohérence. Certains points revenaient tout au long du texte rendant le propos confus et la lecture chaotique. J’ai donc retravaillé le plan en ayant soin de rédiger chaque partie comme un tout. Je m’explique. Chacune devait comporter une introduction, un développement et une conclusion. La tâche peut paraître difficile tant il est vrai qu’on a pas forcément de conclusion à donner ou que l’argumentaire est un peu plat mais au final ceci présente l’avantage de structurer le texte et de consolider le plan. Une idée devenant une partie ou une partie réduite à un élément de démonstration. Dites vous donc, à ce stade la recherche, que le soleil succèdera bientôt à la pluie.


Au troisième jour, il y a le soleil...

Heureusement, la persévérance conduit, après ces nombreux mois d’errance, à l’établissement d’un plan et à l’impression salvatrice que tout n’est pas perdu, qu’on avance et que finalement la thèse prend forme. Je pense qu’il est bon de se fixer des objectifs à plus ou moins long terme car cela oblige à se faire "violence" et à avancer. Même si très souvent il est difficile de tenir les délais, il est toujours rassurant d’avoir quelque chose d’écrit et plus ou moins présentable (à son directeur !).

Chose importante : favoriser aussi les échanges avec d’autres doctorants car cela permet d’éclaircir certains points et de confronter vos idées avec d’autres. Tant et si bien qu’un jour, vous en arrivez à l’ultime partie du travail : la rédaction.

N’oubliez pas que cette étape prend du temps... De même que la correction et la mise en forme du document.

Important : ne négligez pas non plus la rédaction de quelques articles et la participation à des colloques. Bien que cela prenne du temps (et oui encore !) et éloigne (parfois) du sujet de thèse, cette démarche est indispensable pour la demande de qualification qui suit la soutenance de thèse et l’obtention du concours d’enseignant-chercheur. (pour plus d’infos, consultez le site du Ministère ou de la Guilde)

PS : je vous recommande la lecture du livre d’Howard Becker intitulé "Ecrire les Sciences sociales. Commencer et terminer son article, sa thèse ou son livre", Economica, 2004 et de lire également l’article de A. Quemin et Alexandre Mathieu-Fritz, Publier pendant et apres sa these. Quelques conseils à l’attention des jeunes sociologues.

Au quatrième jour, il y a la mer...

Vient enfin le moment du dépot de la thèse et la préparation de la soutenance. Bien qu’il n’y ait pas à proprement parler de méthode pour soutenir (chacun l’évalue en fonction de son travail), il est cependant possible de définir quelques points importants. En vous appuyant sur les pré-rapports qui vous sont remis quelques semaines avant (voir quelques jours !!!), insistez sur votre démarche de recherche, les résultats et les conclusions du travail, les difficultés rencontrées et les limites du travail. En conclusion revenez sur les pistes de recherche à poursuivre.

La soutenance dure généralement 3 heures et vise à revenir sur les points qui ont marqué le lecteur (ça va des coquilles à votre interprétation d’une théorie en passant par diverses critiques). Ces dernières ne visent pas à "détruire" le travail (dans la majorité des cas car, comme en grammaire, il existe des exceptions) mais à améliorer et à guider vos recherches futures. Elles pourront par exemple servir à transformer la thèse en vue de sa publication.

La soutenance se termine par la délibération du jury et l’annonce de votre nomination, accompagnée de votre mention.


Glossaire :

Les hypothèses : à partir de la question centrale et de l’état des lieux de la littérature, vous poser un certain nombre de questions qui permettront de construire un cheminement logique et de répondre à la problématique centrale.

  • La problématique : comme son nom l’indique, elle pose le problème général auquel votre travail doit répondre. Elle s’élabore progressivement par le truchement de vos recherches, notes de lecture et investissement du terrain.
  • Les pré-rapports : Après la composition du jury, deux rapporteurs sont désignés afin de juger de la pertinence de votre travail en vue de la soutenance. De tailles variables, ils reviennent sur l’ensemble du travail et soulignent les éventuelles critiques que pose ce dernier ( sur les plans théorique, méthodologique et sur votre travail de terrain.)
  • Les mentions : Ajourné, Honorable, Ttrès Honorable, Très Honorable avec les félicitations du jury. (il est conseillé d’obtenir les deux dernières si l’on espère être qualifié en tant que MCF (Maitre de Conférence)). Voir ici les modalités des concours de recrutement
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Messages

  • Comment se motiver pour bien commencer une thèse de doctorat en gestion (marketing) ? J’ai un sujet, un encadreur et un plan provisoire. Ça fait quatre mois depuis mon inscription. Le temps passe sans que j’avance. Ma journée se passe comme suit : je prends du temps à me réveiller vers 8h, ensuite je suis devant l’ordinateur, je fais tout (consulter les emails, visiter des sites divers, t chats...) sans travailler. Enfin pour la fin de la journée je regarde la télé environs quatre heures avant de dormir vers 11 h. Je pense tout le temps à la thèse je ne fais rien d’effectif. J’ai toujours espoir dans le lendemain. je ne travaille pas soit disons je me consacre à la thèse.

    • Bonjour,

      il faut impérativement aller en bibliothèque ou dans un lieu autre que votre lieu d’habitation. D’une part parce que cela permet de faire une coupure entre votre travail et votre vie quotidienne. Rester chez vous vous expose à cette impression de travailler sans avancer et à tourner en rond avec pour conséquence une déprime après quelques mois ! Il faut impérativement vous placer dans de bonnes conditions de travail pour avancer. D’autre part, parce que vous pourrez ainsi découvrir des ouvrages, articles, auteurs autres que ceux auxquels vous pensez et ainsi enrichir considérablement votre recherche.

      en espérant avoir répondu à votre question cordialement V.R

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Date: 23/10/2017
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